Résurgence, exposition de peinture animalière
du 2 au 27 février 2009
| | La résurgence est un terme communément employé en hydrologie et porte, comme la source, sa vigueur symbolique profondément accrochée, comme un réseau de racines à son socle. Réapparition à l’air libre, retour en force, retour d’un mythe, entrée en liberté, ressurgir, rejaillir, les eaux résurgentes sont des eaux d’infiltration qui réapparaissent en surface après un long trajet souterrain.
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Incontournablement pourtant, on sait qu’elle naît d’une perte !
La résurgence, ce peut être un instant ponctué par une émotion qui accompagne tout élargissement de la liberté, une joie, une peine, une exaltation, une intensité, quand il s’agit de ne pas résoudre des problèmes mais de faire advenir la vie, une opposition à la servitude et à la résignation, un instant où tombent des cloisons.
Elle est familière de la résurrection d’où elle extrait sa racine et joue sans cesse de ce retour transgressif de la mort à la vie. Il y va du mythe d’Eurydice dans le désir humain de franchir la frontière qui sépare les vivants et les morts par les puissances conjuguées de l’art : l’Ombre pâle de madame de Sainte-Colombe apparue sous les pleurs transcendantaux du violoncelle dans « Tous les matins du monde » de Pascal Quignard, ou Celle d’Henri Bosco, l’histoire d’ « Une Ombre » qui a perdu son corps.
Eurydice n’existerait-elle que par le regard d’Orphée ?
Michèle Sarde : « Mais c’est sur le silence que se retourne la voix d’Orphée. Plus que le vide, le regard d’Orphée découvre-t-il ce qu’il ne peut pas voir ? »
C’est ce vide qu’il s’agit ici d’interroger.
Le monde de demain empêtré déjà dans ses gesticulations de survie n’aura guère le temps ni le luxe de se préoccuper de la sauvegarde d’un oiseau.
Au visiteur qui me fera l’honneur d’une visite aux cimaises et de son attention à la lecture de cette présentation, je propose ces touches de couleurs qui me sont très personnelles, petite fresque sans ambition surgie d’un monde qui fut le mien, peuplé de bêtes sauvages bien souvent disparues des endroits secrets de nos rendez-vous intimes.
Ici, l’accent est mis sur l’interdiction du regard en arrière, comme si ce regard était susceptible de révéler de mortels secrets.
Bruno Mathieu