Un programme de renforcement de la population de Grand Tétras du massif des Vosges a démarré en avril 2024. Ce projet scientifique s’inscrit dans une stratégie nationale et une dynamique européenne. Il est autorisé par l’État à titre exploratoire pour une première période de 5 ans. Il participe également à l’amélioration des habitats forestiers, de la quiétude et de l’équilibre forêt-gibier, tout en contribuant à la préservation de la nature et à une meilleure connaissance de l’environnement et de l’espèce.

Le Grand Tétras, une espèce des forêts à haute valeur écologique

Le Grand Tétras est une espèce protégée du massif vosgien, emblématique de la nature montagnarde de l’est de la France. Elle justifie, par son exigence écologique, une qualité élevée de ses habitats forestiers, qui doivent être diversifiés, peu fragmentés et peu fréquentés. Cette qualité de milieu est également favorable à une biodiversité beaucoup plus large, ce qui vaut au Grand Tétras le qualificatif « d’espèce parapluie ».

Depuis 30 ans, une politique de conservation de l’espèce et de son habitat est à l’œuvre pour tenter d’enrayer son déclin. Les causes sont anciennes, multiples et complexes. Certaines se sont améliorées. La diminution de ses effectifs a cependant abouti à un affaiblissement génétique fatal pour l’espèce.

En 2024, 3 à 5 individus autochtones sont encore présents selon les chiffres transmis par le Groupe Tétras Vosges. La protection du Grand Tétras contribue ainsi à la préservation d’un patrimoine naturel fragile, représentatif de notre environnement forestier de montagne.

40 ans d’actions en faveur des habitats et de la biodiversité

Le programme de renforcement de population de Grand Tétras du massif des Vosges découle d’une politique d’actions en faveur de l’espèce depuis près de 40 ans : aires protégées, réseau européen Natura 2000, programme européen LIFE. Depuis 2018, une déclinaison vosgienne de la Stratégie Nationale d’Actions en faveur du Grand Tétras a été mise en place par l’État. Sa mise en œuvre a été confiée au Parc naturel régional des Ballons des Vosges, à l’Office National des Forêts et au Groupe Tétras Vosges. Voir la rubrique : Pour aller plus loin.

Ce projet de renforcement est issu de cette déclinaison. Il intègre un plan d’accompagnement basé sur des mesures pour l’amélioration des habitats, de la quiétude, de l’équilibre forêt-gibier, de la sensibilisation et de l’appropriation locale. Il implique de nombreux acteurs et partenaires du massif des Vosges, au service d’un véritable patrimoine régional naturel et vivant.

Renforcement de la population de Grands Tétras : une opération à long terme

Le Grand Tétras étant une espèce sensible et vulnérable, le projet de renforcement se fait sur le temps long, soit 15 ans, dans une logique de protection durable de la nature. Le nombre d’oiseaux transférés annuellement est déterminant pour espérer la restauration progressive d’une population locale. L’objectif du programme est de transloquer 40 à 50 oiseaux chaque année.

Les retours d’expérience des programmes européens similaires témoignent d’un taux de survie compris entre 30 – 80 % à un an dans des contextes de régulation des méso-prédateurs. Un des principaux objectifs est le rétablissement d’une dynamique de reproduction sur le massif vosgien. Le suivi scientifique et l’évaluation de la première phase exploratoire à 5 ans permettront à l’État et à l’ensemble des partenaires engagés dans ce programme en France de définir les suites à donner.

Le coût annuel des opérations de translocation de Grand Tétras, leur coordination, le suivi scientifique, la valorisation et l’évaluation du programme est estimé à environ 200 000 €.

Partenariat avec la Norvège

La translocation (capture, transport, relâcher) d’oiseaux dans le massif des Vosges s’inscrit dans un projet de réintroduction construit autour de transferts de nouveaux oiseaux sauvages, à l’image d’autres programmes européens. La population norvégienne de Grand Tétras est parmi les plus importantes à l’échelle mondiale (200 000 individus estimés). En Norvège, l’espèce est chassée (à raison d’environ 15 000 Grand Tétras par an).

Pour ce programme, les autorités norvégiennes et les gestionnaires de la chasse (STATSKOG) ont autorisé la capture de 50 oiseaux par an pendant 5 ans et accompagnent les opérations sur le terrain. Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges coordonne les opérations sur le territoire français. Le projet prévoit une à plusieurs opérations de translocation par an durant cette période.

Bilan de la première translocation du Grand Tétras dans le massif des Vosges

La première opération de translocation du projet de réintroduction du Grand Tétras s’est déroulée fin avril 2024. Neuf Grand Tétras norvégiens ont été relâchés dans le massif du Grand Ventron. Un suivi attentif a été mis en place grâce à une balise GPS posée au moment de la capture sur chaque oiseau.

De mai à septembre 2024, les oiseaux relâchés découvrent leur nouvel environnement. La nidification d’une poule est constatée. Les localisations montrent une présence régulière de la majorité des oiseaux sur le massif du Grand Ventron. Ces différents constats indiquent leur tolérance au transfert de la Norvège au massif vosgien. Les observations confirment que la zone sélectionnée pour le lâcher est favorable et offre aux oiseaux toutes les ressources nécessaires à leur adaptation et leur protection. 

Pendant cette période, trois individus ont effectué des déplacements parfois importants (jusqu’à 30 km et sur un mois). Durant ces déplacements, les oiseaux ont trouvé les zones favorables correspondant à l’aire de présence historique du Grand Tétras. Ces zones sont le plus souvent gérées par la « Directive Tétras » de l’Office National des Forêts et classées par Natura 2000 ou protégées réglementairement.

De septembre à novembre 2024, le suivi a détecté la mort de 6 oiseaux (3 coqs et 3 poules). Pour quatre d’entre eux, le contexte et les indices retrouvés laissent supposer que des prédations en sont à l’origine. Les individus sont en effet morts la nuit, en phase de repos, souvent perchés. Un 5ème oiseau pourrait avoir subi une collision avec un câble d’une ligne à très haute tension. Enfin, le 6ème cas reste indéterminé. L’autopsie et les analyses n’ont révélé aucune trace de chocs, d’intoxication ou de maladies (notamment grippe aviaire). L’oiseau avait pris 800 g depuis sa capture et son gésier était plein d’aiguilles de sapin, de feuilles de myrtilles et de fougères. 

De décembre 2024 à mars 2025, les trois Grands Tétras (2 coqs et 1 poule) ont arrêté de se déplacer pour optimiser leurs dépenses énergétiques et se stabiliser sur leurs territoires d’hivernage. Fin décembre, un igloo de coq a été retrouvé, comportement typique de l’espèce face à d’importantes chutes de neige. Depuis fin février, les deux coqs ont repris leur activité d’exploration en visitant plusieurs places de chant historiques du Massif du Grand Ventron.

Un cas de mortalité de Grand Tétras a été détecté par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges grâce au suivi télémétrique (GPS) hebdomadaire en date du 2 mars 2025. Elle est probablement due à une prédation par un mammifère carnivore, notamment la martre des pins.

Sur les 9 oiseaux norvégiens relâchés en avril 2024, deux individus (1 poule et 1 coq) subsistent. Par ailleurs, 3 à 5 oiseaux autochtones pourraient encore être présents dans les Hautes-Vosges, témoignant d’une possible cohabitation entre les individus en réintroduction et les espèces déjà présentes.

Bilan de la deuxième translocation du Grand Tétras dans le massif des Vosges

Du 24 avril au 6 mai 2025 la deuxième opération de translocation (capture, transport, relâcher) s’est déroulée en lien avec les autorités norvégiennes. Elle a impliqué les partenaires garants du contrôle technique, scientifique et vétérinaire.
Cette deuxième session de translocation a permis de relâcher dans le massif du Grand Ventron cinq coqs et deux poules. Ils ont rejoint les deux oiseaux issus de la première translocation ainsi que les oiseaux autochtones estimés à moins de cinq individus. Un décalage exceptionnel de la période de reproduction en Norvège est à l’origine du faible nombre d’oiseaux transloqués. Suite à un hiver avec peu de neige et un printemps exceptionnellement doux, les périodes nuptiales, sur les places de chant identifiées en Norvège, ont donc eu lieu bien plus tôt que prévu. Ce qui a considérablement diminué le nombre d’oiseaux capturable. Dans ce contexte, les équipes ont néanmoins développé leurs connaissances des sites de capture et poursuivi leur implication. Ce qui a permis d’améliorer les protocoles et d’identifier de nouvelles possibilités et techniques de captures qui pourront être valorisées dans la suite du programme. Les transports et relâchers des oiseaux se sont bien passés dans le respect du bien-être animal et des réglementations administratives et sanitaires. Les données GPS vont désormais permettre de suivre avec précision les oiseaux transloqués. Le suivi du 6 mai a cependant permis de constater la mort d’une poule. Les indices retrouvés sur place permettent d’envisager une prédation.

Fin mai 2025, deux nidifications ont été détectées grâce aux données GPS recueillies. Les deux poules, actuellement suivies dans le cadre du programme, ont démarré chacune une nidification. L’une d’entre elle est une des poules issues de la première translocation d’avril 2024, l’autre est une des poules de la deuxième translocation d’avril 2025. L’analyse de leur cycle de reproduction conclue que les deux individus se sont accouplés sur le massif des Vosges. Comme celle de l’an dernier, ces deux nidifications tendent à montrer que l’espèce s’adapte bien au milieu et à la translocation. Les deux nidifications ont cependant échoué respectivement à 12 et 4 jours. L’analyse des causes et les indices retrouvés sur le terrain concluent vraisemblablement à une prédation. Les nids de Grand Tétras localisés au sol sont particulièrement vulnérables. Des dispositifs de protection existent pour améliorer leur chance de réussite (voir article « pour aller plus loin »). Les deux poules sont vivantes. Les suivis GPS, associés aux observations factuelles des techniciens, permettent d’avoir une connaissance fine de la situation.

De juin à décembre 2025, 5 cas de mortalité ont été détectés lors des suivis scientifiques. Il s’agit de 1 poule et 4 coqs relâchés en 2025. Tous les individus étaient localisés sur le massif de relâcher. Les circonstances des mortalités sont communes, les oiseaux sont prédatés la nuit alors qu’ils doivent être perchés dans un arbre en état de repos. L’analyse des contextes et des indices indique que la prédation est due à un mammifère carnivore, parmi lequel très probablement la martre des pins

Estimation de la population de Grand Tétras dans le massif des Vosges .
Au 31 décembre 2025, la population d’oiseaux transloqués est de 1 à 2 coq(s) et 1 poule. Parmi lesquels 1 coq et 1 poule relâchés en 2024 dont le suivi s’est terminé après 17 mois et 1 coq relâché en 2025 dont la balise GPS n’émet aucuns signaux depuis son relâché.. Enfin, 1 à 3 poules autochtones sont estimées encore présentes par le Groupe Tétras Vosges.

Recours juridiques contre l’arrêté préfectoral
Le 24 juin 2025, le Tribunal Administratif de Nancy a statué en faveur de la poursuite du programme. L’analyse juridique du dossier a rejeté tous les points attaqués par les associations. Il justifie notamment de la légalité, du respect de la procédure, de la complétude, de l’intérêt général, de la concertation, de l’accompagnement scientifique, de la prise en compte des risques, de l’adaptation et de la maitrise budgétaire du programme.

À la suite de ce jugement, les associations requérantes ont décidé de faire appel.

Enseignements issus des deux premières translocations

  1. Effectifs relâchés / L’objectif du programme est de relâcher 40 individus par an (sur 5 ans). Le programme est parvenu à relâcher 16 individus sur deux ans. Ce chiffre s’explique par la nécessité de bien ajuster et dimensionner les opérations de capture.
  2. Utilisation de l’espace / 50% des localisations des oiseaux se situe au centre du secteur de relâcher. L’aire de présence 2025 est davantage concentrée par rapport à 2024. Elle démontre du bon état des habitats naturels. Lors des déplacements exploratoires, les oiseaux ont utilisé et fréquenté de manière cohérente les zones historiques de présence et protégées au titre de l’espèce. Près de 90% des localisations GPS s’y trouvent. 
  3. Reproductions / Plusieurs coqs ont démontré des comportements territoriaux sur des secteurs propices à la reproduction. Deux à trois accouplements ont eu lieu sur le massif. Trois nidifications ont été observées (1 en 2024 et 2 en 2025). Les trois nichées ont été prédatées par des mammifères carnivores ou des sangliers sans avoir pu être protégées.
  4. Prédation / La cause principale de la mortalité est bien identifiée. Il s’agit de prédation nocturne par les mammifères carnivores, notamment la martre des pins qui représente 85% de la mortalité des oiseaux. Le nombre d’individus introduits pourrait davantage équilibrer cet impact.

Pour aller plus loin

Vidéos

Grand Tétras – Norvège

Relacher de coqs et poules – 04/2024 – Massif du Grand Ventron • 9 individus

 

 

 

Contact

Isabelle Colin – Responsable de la communication
i.colin@parc-ballons-vosges.fr

Partenaires

Une gouvernance propre au projet s’est mise en place autour de l’État et du Parc naturel régional des Ballons des Vosges. Elle intègre tous les acteurs de la protection de l’espèce sur le massif des Vosges au sein d’un comité de pilotage, d’une équipe opérationnelle (chargée de la construction et de la mise en œuvre des opérations de translocations) et de groupes de travail thématiques.

Partenaires techniques 

  • Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement du Grand-Est
  • Région Grand Est
  • Office National des Forêts
  • Groupe Tétras Vosges
  • Office Français de la Biodiversité
  • Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine
  • Parc animalier de Sainte-Croix
  • Fédération départementale des chasseurs des Vosges
  • Fédération du Club Vosgien

Partenaires financiers :

  • Ministère de l’Ecologie (Fonds Vert)
  • Région GE
  • Fondation Rewilding EU.

<< Retour